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mercredi 9 janvier 2013

Le impiraresse & le conterie

Robert Fréderick Blum


Leur origine remonte au XVº siècle. Il s'agit de perles minuscules provenant d'abord de la production de cannes très fines monochromatiques qui seront ensuite coupées. On obtient ainsi autant de fins cylindres qui sont arrondis à la chaleur du four, dans des récipients en métal en mouvement rotatoire. Certaines de ces perles de "conteria" ont même une dimension inférieure au millimètre. Elles étaient utilisées dans la broderie, dans les compositions de fleurs avec l'usage d'un fil de fer, dans les colliers et les petits sacs du soir.




Les perles de ce long collier qui se noue lâchement autour du cou sont vraiment minuscules. Un fil s'est détaché du fermoir et les perles de verre se sont répandues sur ma table :
2 millimètres de diamètre pas davantage !
Imaginez la patience et la souplesse nécessaire pour aligner ces perles sur une très longue et très fine aiguille( parfois même sur plusieurs  aiguilles à la fois-un peigne-pour enfiler davantage)  afin de les faire glisser par la suite sur un fil souple et en ce cas-ci très fin lui aussi :-(


Robert Frederick Blum

 Mattes ou brillantes, avec un coeur doré ou argenté, elles se déclinent en une multitude de coloris et de variantes.

San Pietro di Castello
Les perles Conterie sont utilisées pour la confection des traditionnels colliers vénitiens multi-rangs et se marient avec bonheur aux autres perles vénitiennes lors de la création de bijoux.

Ces petites perles sont également utilisées pour la broderie, la décoration, la mosaïque et l'ornement des vêtements et accessoires de cérémonie.
Les perles Conterie sont aussi très recherchées pour la création d’accessoires de luxe et pour les collections de Haute-Couture.

Vous reconnaissez certainement le beau relief qui surplombe la porte de l'ancien palais des Patriarches ( fin 16eme)à san Pietro di Castello


Collier en  conterie "tubetti,"
à porter souplement ou  torsadé.


Le Impiraresse
 L'art des "margariteri" qui travaillaient le verre pour en faire de petites perles colorées qu'on appelle "margarite"( du latin margarita : perle) se développa à Venise au XIIIe siècle.
On raconte qu'un certain Cristoforo Briani, ayant appris de Marco Polo que les habitants des Côtes de Guinée adoraient les agathes, les grenats et autres pierres précieuses décida  d'en faire des imitations en verre. C'est ainsi qu'il créa à Venise un art tout différent de celui des souffleurs de verre et l'appela" art de margarite"
 Les toutes petites perles de verre" le conterie" dont certaines n'ont pas plus d'un milimètre de diamètre étaient enfilées sur de longs fils par les impiraresse(clic) des femmes qui travaillaient à domicile 
 



dimanche 27 mai 2012

Un gondolier du temps jadis





Inspiré par ce tableau de Carpaccio,

Solange T., dentellière.

Un gondolier en dentelle de Binche.
Combien d'heures, combien de fuseaux...?
Nous n'avons pas eu le temps, en avril, de voguer jusque Burano.
Je gage que ce gondolier aurait été apprécié par les dentellières du musée qui sont toujours tellement heureuses de bavarder .





Bon dimanche à vous qui passez !

mardi 10 janvier 2012

Le chat des SESSA...

 Marque d'imprimerie des SESSA ( Venise)


 Gravure tirée de :
« Les Chats, histoires, mœurs, observations, anecdotes » de Jules-François-Félix Husson, dit Champfleury (1821-1889), publié en 1869.

 ""un gatto con in bocca un topino ""


Au XVIe siècle, l’art de la typographie se développe à Venise et Jean-Baptiste SESSA, imprimeur de Venise, fait figurer un chat portant un rat dans sa gueule sur le motif de son sceau.

Le peuple amis des légendes se plaisait à voir ces êtres fantastiques sur les bannières de leurs seigneurs.
Les anciens Bourguignons avaient un chat dans leurs armoiries.

La Chetardie, en pays de Limoges, portait d'azur à deux chats l'un sur l'autre d'argent.

Les Della Gatta , seigneurs napolitains, portaient d'azur à une chatte d'argent au lambel de gueules en chef.

Nombre d'autres armoiries pourraient être relevées dans les blasons des familles européennes.
De fantastique, le symbole du chat devint bientôt plus positif .A mesure que l'on s'éloignait du Moyen-Âge, le chat symbolisa l'esprit de liberté, l'indépendance.

L'imprimerie, c'était la lumière, la lumière c'était l'affranchissement.
Le XVIème  siècle le comprit ainsi, car combien de grands esprits furent persécutés pour l'invention nouvelle, et combien de bûchers furent allumés avec la torche que ces libres penseurs tenaient en main.L' Italie surtout qui fournit tant de martyrs, n'employait pas la marque du chat sans raison !

C'est ainsi que l'on peut expliquer la marque des SESSA.
On voit sur la dernière page de tous leurs ouvrages , la représentation d'un chat entouré de curieuses ornementations.
Colophon de 1578



Colophon 1596




Les  SESSA :
Une importante famille d’imprimeurs actifs à Venise dès le début du XVIème siècle. Giovanni Battista et Melchior SESSA étaient frères, fils de Melchiorre l’Aîné  ( au travail  de 1505 à 1555). 

Les  SESSA   tinrent leur imprimerie en activité avec un talentueux savoir-faire et avec succès.
Ils imprimèrent notamment, et entre autres ouvrages d'auteurs renommés,  la troisième et définitive version ( 1596) du long poème de Dante :«  La Divine Comédie".


La collaboration  de Giovanni Battista et de son autre frère Giovanni Bernardo s’avéra elle aussi particulièrement fructueuse .
Esope, Virgile et bien d 'autres 
furent ainsi  édités par cette famille  d'artisans renommés.



 Les SESSA usaient  d’un cachet élégamment  élaboré, représentant un chat tenant une souris dans sa gueule.
Une version originale  orne la première page de « L’Enfer » dans l’édition de 1578 et révèle la devise 

«  Dissimilium in Fida Societas »**



1615



On trouve encore des livres imprimés par les SESSA.
Leur prix est à la hauteur de leurs qualités.


Avec l'aide précieuse de Saint Google...


jeudi 3 novembre 2011

Femene che le lava...

Frank DUVENECK.Venise, 1885

Femene che le lava 

Tute le femene le va dó al lavador : 
no l’é’n mistier’sto qua 
ma l’é’n destin, cofà l’amor 
o’n fiól, o la só ora co la vien. 
La va dó l’ora e la lava 
co l’acqua che la fila via, 
l’acqua che anca de’sta vita 
e no sol de’st póche nostre robe 
la ne fa pulizhia 
...



Pietro LONGHI



Donne che lavano 

Tutte le donne si recano al lavatoio : 
non è un lavoro codesto,  
é un destino come l’amore 
o un figlio, o come l’ora nostra quando viene. 
Va giù l’ora e lava 
con l’acqua che fila via,  
l’acqua che anche di questa vita 
e non solo di questi nostri pochi indumenti 
ci fa pulizia. 


Frank DUVENECK

Les lavandières 
Toutes les femmes vont au lavoir : 
ce n’est pas un devoir 
mais un destin 
comme l’amour ou un bambin, 
ou comme notre heure quand elle vient. 
L’heure s’écoule et lave, 
avec l’eau qui s’enfuit, 
l’eau qui de cette vie aussi, 
et non seulement nos quelques habits 

nettoie.  



Andrea Zanzotto, 
Idiome, traduit de l’italien, du dialecte haut-trévisan (Vénétie) 
 par Philippe di Méo,



Andrea ZANZOTTO vient de nous quitter.
C'était l'un des plus grands poètes du Vénéto, si pas le plus grand. 
Je vous en parlerai prochainement et  plus longuement  à propos
d'un de ses textes dédié à la Sérénissime




mardi 25 octobre 2011

" Aqua mo ! aqua mo!

Photographe inconnu

""Ami, tu verras à Venise,
Dans la cour du palais ducal,
Ciselés d’une main exquise,
Deux puits revêtus de métal.

C’est là que, sveltes, court-vêtues,

Tout le jour les porteuses d’eau,
En découvrant leurs jambes nues,
Plongent & retirent leur seau.""

 (...)

Edouard GRENIER(clic) pour le texte complet.


 Le  bicollo ou bigollo   est un morceau de bois , un peu concave dans le milieu avec ,à chaque bout , une entaille pour y accrocher les seaux.
En fait c'est notre palanche( origine lat.palanca)





Les entours de la Porte della Carta (clic) sont toujours très animés.Par cette porte, on voit entrer et sortir à chaque instant les porteuses d'eau, les BIGOLANTE, robustes paysannes du Frioul, coiffées de chapeau d'homme à petit bord et portant deux seaux de cuivre en équilibre sur un bâton.Les margelles des citernes où ces paysannes vont puiser l'eau, dans la cour intérieure du palais, sont à elles seules de véritables petits chefs d'oeuvre.

Carlo PONTI.1863







""Il n’est point de touriste en Italie qui n’ait regardé avec plaisir les porteuses d’eau de Venise courant au pas gymnastique, d’un air preste et affairé, sur les dalles de la place Saint-Marc. Quoiqu’elles parlent un dialecte peu différent du vénitien, on voit bien, à leur costume pittoresque, à leur petite taille, à leurs traits délicats, qu’elles ne sont point de la race antique des Vénètes. On les appelle Bigolante ou Pagote. Le premier de ces deux noms tient à leur métier, le second au pays d’où elles viennent. Pago est une île froide et stérile de l’Adriatique, située le long des côtes escarpées de la Croatie. Dans toutes les grandes villes, certaines industries sont exercées par des étrangers à qui la force de l’usage donne une sorte de privilège. C’est ainsi qu’à Paris la Normandie envoie des nourrices, la Bourgogne des bonnes d’enfans, et l’Auvergne des charbonniers. À Venise, la profession de porteuse d’eau appartient presque exclusivement aux filles de Pago. Du fond de l’archipel dalmatique, elles viennent gagner leur dot, et se dépêchent de servir le bourgeois vénitien pour retourner se marier dans leur pays, où leurs fiancés les attendent. Assurément, il faut qu’elles portent bien des mètres cubes d’eau pour amasser de quoi faire un trousseau, car on ne leur paie qu’un sou par voie, et encore le sou vénitien ne vaut que trois centimes ; mais leurs seaux de cuivre sont petits, on peut aller bien des fois à la citerne dans une matinée, et puis les garçons de Pago n’exigent point qu’une fille soit aussi riche qu’une héroïne du Gymnase.""

Scènes de la vie vénitienne.
Paul de MUSSET
Revue des deux mondes .T.15,1852
Eugène de Blaas

Au XVIII e siècle, elles étaient une bonne centaine qui, après avoir acquis le droit de vente en payant une cotisation aux " acquaroli ", se répandaient dans la ville et s'annonçaient  grâce à un très sonore 
" Aqua mo!"

Eugène de Blaas
 

Elles portaient l'eau douce directement aux maisons et aux commerçants qui en faisaient la demande.

Eugène de Blaas


Franck Duveneck